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CHEN LI

douze poésies


                         

Martine Valette-Hemery & Chen Li     
  (
Salon du livre de Paris, 2004)        
 
  



  MON CHINOIS TAIWANAIS    

 Dans une ville affolée par un séisme continu        La lointaine montagne        Cartes postales pour Messian

 

Voyage en famille        Fleuve d'ombres        Photo-souvenir        Les bords de l’île     

 

Chant d'automne        Symphonie belliqueuse        La musique des meubles

 

Voyage éclair dans une machine à grande vitesse        La nappe du petit déjeuner d'un entomologiste solitaire

 *Marie Laureillard La poésie visuelle taiwanaise : un retour réflexif sur l’écriture 
        ( Transtext(e)s, transculture : Numéro 2 )

 


MON CHINOIS TAIWANAIS

     Chen Li, né en 1954, est un des poètes taiwanais les plus représentatifs de sa génération. Influencé d'abord par les modernes, il s'intéresse des la fin des années quatre-vingt à des thèmes plus politiques et sociaux, notamment à l'identité de Taiwan et des sa population aborigène. Sa conscience d'une originalité taiwanaise dans la culture chinoise et du rôle de la langue dans sa propre identité avec cette culture se reflète dans ce texte écrit pour Missives.
        Le terme « chinois » du titre signifie la langue chinoise, plutôt écrite, le mandarin étant la langue officielle (basée sur le dialecte de Pékin, appelée « langue nationale » à Taiwan et « langue commune » en Chine).
        Parmi les minorités ethniques mentionnées, les Hakka viennent de Chine (leur langue, le hakka, constitue, avec le minnan, le dialecte taiwanais), les Amis et les Atayal sont des aborigènes qui ont leurs propres langues.

*


     
 J'aurais aussi bien pu intituler ce texte « Mon mandarin taiwanais » car le chinois mandarin est la langue officielle de Taiwan depuis 1945.


      Je suis né dans la Taiwan d'après la Seconde Guerre mondiale et j'ai été élevé dans la petite ville de Hualian sur la côte est de l'île. Mes parents ont grandi dans la Taiwan de l'occupation japonaise (1895-1945). Cela fait qu'enfant et adolescent, j'ai parlé le mandarin (pékinois) à l'école et le taiwanais (dialecte minnan) à la maison avec les miens, tandis qu'entre eux mes parents parlaient fréquemment japonais. Comme ma mère est hakka, j'ai souvent pu l'entendre converser en dialecte hakka avec des parents habitant dans le voisinage.


      Après des études universitaires à Taipei je suis revenu dans ma ville natale pour être professeur d'anglais dans un lycée. Parmi les quarante élèves d'une classe, deux ou trois appartiennent à la population originale de l'île, Amis ou Atayal pour la plupart, et parlent mandarin au lycée comme les autres élèves.


      Je pense cependant que le pékinois qui a cours dans la population de Taiwan depuis quelques décennies doit être assez différent de celui des Chinois du continent. Cette différence se manifeste bien entendu dans le vocabulaire, l'accent, la prononciation et la forme des idéogrammes mais aussi dans les « modalités » de la langue. J'ai l'impression qu'il y a dans le chinois (pékinois) de Taiwan une vitalité qui le distingue de celui du continent.

 

      Premièrement, alors que la Chine a fait table rase de son passé, a déclenché une « révolution culturelle » et propagé une forme simplifiée des caractères chinois, Taiwan, gouvernée depuis la guerre par le Parti nationaliste Guomindang, s'est efforcée de mettre en œuvre un « mouvement de renaissance de la culture chinoise », a continué à utiliser les formes complexes des caractères et a érigé en disciplines scolaires l'histoire et la littérature classiques. Il en est résulté chez les habitants, donc les écrivains, une perception plus subtile de la « beauté du chinois » que chez ceux d'en face. Par ailleurs, les conditions de vie dans la société capitaliste de Taiwan, plus libre et ouverte qu'en Chine, ont permis au chinois taiwanais d'assimiler tout naturellement des éléments des langues (en particulier des dialectes de Taiwan, du japonais et de l'anglais) et des modes d'existence très divers de l'île. Cela a donné un langage plus souple et dynamique, plus riche et varié.


      En tant qu'écrivain, et en particulier poète, de langue chinoise, j'ai le sentiment que le chinois, avec ses pictogrammes, ses monosyllabes, ses nombreux homonymes, ses caractères à sens multiples, ou combinant son et sens, a une saveur dont beaucoup d'autres langues sont depourvues. Un poème chinois écrit en caractères complexes risque sans doute de perdre une partie de cette saveur si on le transcrit en caractères simplifiés. Ainsi, me semble-t-il, dans toute prose ou poème que j'écris ici, à Taiwan, il y a sans conteste une saveur qu'on ne trouve pas dans d'autres langues ou dans le chinois d'autres régions. À en juger par ce que la poésie moderne de Taiwan a produit au cours des dernières décennies, la langue chinoise a constamment évolué pour créer une sensibilité, une saveur et une vie neuves.


      J'ai écrit un poème intitule
« Symphonie belliqueuse » ; il est très long mais n'est composé que de quatre caractères différents qui se répètent (on peut aussi dire qu'il n'y en a qu'un seul et trois variantes) : le caractère principal, bing, un élèment supérieur sur un trait horizontal soutenu par deux traits obliques, signifie « soldat ». Deux autres, ping et pang, chacun un seul trait oblique, sont des onomatopées qui claquent à les entendre comme un coup de fusil ; à les voir ils font penser à un soldat qui a perdu une jambe ; ils se combinent pour former le mot « ping-pong ». Le quatrième, qiu, qui n'a pas de traits obliques, désigne un tertre et fait allusion à une tombe. J'imagine que ce poème est difficilement traduisible dans une langue étrangère.


      Un autre de mes poèmes,
« La nappe de petit déjeuner d'un entomologiste solitaire », combine tous les caractères d'un ordinateur, et eux seuls, comportant le radical « insecte » (). Imprimé en caractères simplifiés ce poème serait sans doute grandement défiguré et dénaturé.

     Dans mon chinois taiwanais il y a la Chine et il y a Taiwan, il y a du classique et du contemporain, à l'image de Taiwan, ce pays insulaire qui par sa géographie et son historie a constamment absorbé et assimilé tous les apports venus de partout.

 

                                                          traduit par Martine Valette-HemeryMisssives : Numéro Spécial 2003

 


 

Dans une ville affolée par un séisme continu

 

Dans une ville affolée par un séisme continu j'ai entendu

mille méchants loups dire à leur progéniture

« maman, j'ai mal agi. »

J'ai entendu des juges sangloter

des prêtres se repentir, j'ai entendu

des menottes s'envoler des journaux, des tableaux noirs tomber dans des 

                                                                       fosses d'aisance, j'ai entendu

des gens de letters poser leur bêche, des paysans enlever leurs lunettes

de gras commerçants quitter un à un leurs vêtements d'emplâtres crémeux

 

dans une ville affolée par un séisme continu

j'ai vu de vieilles maquerelles agenouillées restituer leurs vagins à leurs 

                                                                                                           filles

 

1978   traduit par Martine Valette-Hemery

         ( Le Ciel en fuite: Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

 

 

 

 

La lointaine montagne

 

La lointaine montagne est de plus en plus lointaine

Déjà, ce matin d'enfance
quand chaque jour un idéal nouveau naissait
elle s'élevait comme un chant matinal sur le porte-drapeau du cœur

se dressait même sur l'estrade d'un stand, comme un badge sur la poitrine
un paravent de rêve, une tirelire de larmes

 
la lointaine montagne grandit avec toi et te regarde vieillir

 
entre le vent de l'après-midi et les antennes
entre le crépuscule de l'humanité et la fange
derrière les maisons, les voitures, les cordes, les couteaux, derrière ces

cubes réguliers et irréguliers de jeux qui n'en sont pas
la lointaine montagne parle à la lointaine montagne

 
te parle d'un silence dont on ne peut rien dire
quand tu es amoureux, la montagne lointaine
se rapproche à nouveau dans la nuit.

 

1988   traduit par Camille LoivierNeige d'août N°12 : Printemps 2005

Camille Loivier & Chen Li               

 

 

Cartes postales pour Messian

 

      1

Nous sommes tous suspendus


larmes
étoiles
arc-en-ciel
oiseaux


Au-dessus de l'abîme du temps
chante
chante

 
un jardin de mélancolie dans les airs

 

      2
Nous courons sur un globe terrestre
j'habite l'ancienne Asie
vous habitez la lointaine Europe
quelqu'un retourne la planète
nous perdons pied, tombons ensemble

dans l'océan de mélancolie

 

      3
L'océan douloureux mais limpide


respire
respire
respire


aime


      4

Telle une vague remplie de force et de lumière

 

se lève
se couche
 

tel un tunnel secret se renouvelant sans cesse

 

depuis le ravin jusqu'aux étoiles
du rêve jusqu'au rêve
 

      5
Les oiseaux volent dans un jardin pentagonal
la musique afflue à l'intérieur de la maison

 
l'ouest
l'est

s'accordent
se désaccordent

 
selon quoi.

 

1990   traduit par Camille LoivierNeige d'août N°12 : Printemps 2005

 

 

 

Voyage en famille

 

C'est naturellement un livre
un lexique à l'ordre aberrant mais conforme à la vérité

imprimé sur des planches en quadrichromie, sur des reconnaissances de

                                                                                                              dettes

sur des mandats d'arrêt, sur des certificats de mariage

 

cette page est mon père capturé sur ordre du temps
parce que sa mère était un crabe, toujours dans l'eau ou sur le sable

ses frères cadets eurent des noms aquatiques
l'époux de sa mère arriva en traîneau du haut d'une montagne, avec

la verdeur de la montagne et l'ardeur du feu : il l'opprimait, la battait, la

                                                                                                    rudoyait

l'obligeait dans ses nuits d'ivresse à laver ses blessures avec ses enfants 

                                                                                                  dans les bras

mais il détestait le feu, le même que son père, de son nom, comme il

                                                                                                  détestait

la pneumonie et les ulcères

qui de ses jeunes frères jumeaux firent un mort avant l'âge et un infirme

 

cette page est l'histoire des maladies honteuses de la famille

une grand-tante paternelle stérile, un grand-père maternel parti sans

                                                                                                 adresse

mon oncle maternel qui ne sut qu'après vingt ans de cohabitation que son

                                                               père était mon grand-père paternal

ma tante et cousine mariée à mon quatrième oncle, mère de trois débiles

                                                                                                        mentaux

mon grand-père géniteur prolifique mais éducateur défaillant…

 

cette page est la liste des caractères difficiles ou au rebut

un oncle noyé, un autre reclus volontaire
une tante séduite et enlevée dans sa jeunesse, nonne et tondue dans sa

                                                                                                        vieillese

 

cette page est la liste des transcriptions phonétiques

« du », étudier : mon père qui a fait quelques années d'études

« du », faute professionnelle : puis commis des malversations au travail

« du », jeux d'argent : mon père, joueur invétéré la moitié de sa vie

« du », drogue : consommateur et revendeur de drogue

 

ils voyagent dans mes bagages
la casse renversée plus d'une fois, les caractères s'alignent à nouveau

deviennent mes frères, deviennent moi-même

les blancs sont les larmes des mères

amour, chagrin, étreintes silencieuses
impatience enflammée des étreintes
retour houleux des étreintes
sur les grèves du temps on lit et relit
le livre de la mer aux pages qui s'effacent à mesure qu'on les tourne

 

1990   traduit par Martine Valette-Hemery

         ( Le Ciel en fuite: Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

 

 

 

Fleuve d'ombres

 

Chaque jour coule de nos tasses de thé
un fleuve d'ombres
les endroits marqués par l'empreinte de nos lèvres
sont les deux rives
d'un fleuve évanescent
l'arôme du thé emplit la chambre et invite au sommeil

peut-être est-ce le temps que nous buvons
peut-être nous-mêmes
peut-être nos parents tombés au fond des tasses

nous pêchons dans le fond bourbeux des tasses
des paysages de l'an dernier
une montagne couverte de jasmin
pétales pêle-mêle éclos et tombés
nous voyons le fleuve refroidi se remettre à bouillir
dissoudre dans sa chaleur l'obscurité qui tombe peu à peu sur lui


puis, assis devant les tasses qui s'allument comme des lampions

nous buvons notre thé, assis
sur la rive haute comme un rêve
nous attendons que le thé devienne fleuve
attendons que les arbres portent fleurs et fruits
jusqu'au moment de nous réincarner, comme nos parents

en un fruit
en un camélia
et nous retirer dans un fleuve d'ombres

 

1992   traduit par Martine Valette-Hemery

         ( Le Ciel en fuite: Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

 

 

 

Photo-souvenir



An dix de l'ère Showa (1935)
Six pompiers en grand uniforme, debout ou assis,
Répartis symétriquement entre es deux
Voitures étincelantes au centre de l'objectif
Derrière, un poteau télégraphique et un cocotier
Et derrière encore un mémorial gardé par un fier lion de bronze
Un nuage a passé, pour se poser sur le kiosque
Du parc de la Colline de granit, tout près en dehors de la photo

 

Il doit y avoir un écriteau, « Corps des pompiers du port de

                                                                               Hualian »
Pour remplacer «
Association de l'ethnie Ami » inscrit à

                                                                             l'origine.
La troisième année Showa ils avaient joyeusement installé la

                                                                 les mortiers et pilons
Utilisés par leurs ancêtres, buvant et chantant,
Pour inaugurer ce mémorial construit avec leur force et leur

                                                                                      argent
Mais, comme les bateaux entrant et sortant effacent le sang et

                                                               la sueur des bâtisseurs

Du port répandus sur l'eau, les voitures de pompiers importées

                                                                                       du Japon
Ont vite lavé le sol couvert du lait des cocotiers

 

Personne ne sait pourquoi ce bâtiment a été renommé
Mémorial de l'ère Showa, et personne ne le sait,
Le lion de bronze a pu devenir un morceau des canons
Qui tirèrent sur les avions des alliés assaillants

 

(…)

Les voitures de pompiers fabriquées au Japon
N'ont pas fixé la langue de l'extinction du feu
Elles parlent japonais, taiwanais, ami, atayal, hakka
Mais l'histoire muette ne comprend qu'une voix :
La voix des vainqueurs, des gouvernants, des plus forts

 

Aussi n'a-t-on pas pensé que ce bâtiment pouvait devenir
Un quartier général de la Défense parlant chinois
Un mémorial arborant le drapeau chinois des héros de l'armée

                                                                                       nationale
Héros parce qu'ils ont, comme on éteint un feu, effacé

La voix des faibles, les noms, les souvenirs,
Le Mémorial de l'ère Showa. J'entends non loin d'ici la sirène
Des pompiers. Mon élève d'ethnie Ami, un gros chou dans les

                                                                                            bras,
Arrive de la Colline de granit. Il me dit en chinois mandarin :


« Maître, le chou est pour vous. Je vais voir où est l'incendie. »  
                              

1993     traduit par Martine Valette-Hemery

          Misssives : Numéro Spécial 2003

 

*Chen Li est également sensible aux problèmes identitaires, tant des aborigènes que des Chinois taiwanais,  en raison de la colonisation japonaise puis de la culture continentale réintroduite en 1949. Ce commentaire d'une photo ancienne date de 1992.

 

 

 

 

Les bords de l’île


Sur une carte du monde au quarante millionième

notre île est un bouton jaune mal dégrossi

pendillant sur un uniforme bleu
mon existence est un fil plus ténu qu'une toile d'araignée

transparent, qui par ma fenêtre ouverte sur la mer

relie d'une couture serrée la mer et l'île


au bord des années solitaires, hiatus
du passage de l'an passé à l'an nouveau
les pensées sont un livre-miroir qui fige dans son froid

les ondes du temps
feuillette-le et tu verras page après page

le passé indistinct briller par éclairs dans les miroirs


un autre bouton secret
comme un magnétophone dissimulé sur ta poitrine

enregistre et émet simultanément
tes souvenirs et ceux de l'humanité :
amour et haine, rêve et réalité
joie et peine, mêlés sur la même piste


ce que tu entends à présent
c'est la voix du monde, des cœurs qui battent

le tien, ceux de tous les morts et de tous les vivants

si tu les appelles de toute la force de ton cœur

tous les morts et tous les vivants te parleront

intelligiblement


sur les bords de l'île, à la frontière
du sommeil et du réveil
mon existence, comme une aiguille tenue par ma main

traverse le bouton jaune arrondi et poli
par les mains du peuple de l'île, transperce de toute sa force

le cœur de la terre sous l'uniforme bleu

 1993   traduit par Martine Valette-Hemery

         ( Le Ciel en fuite: Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

 

 

 

Chant d'automne


Lorsque le dieu bien-aimé, par une mort subite
sonde notre fidélité au monde
assis sur une balançoire formée par la jonction de l'été et de l'automne
nous tentons de nous élancer au-delà du mur penché de l'expérience
pour emprunter une épingle au vent qui arrive de front


mais si soudain nos mains étroitement serrées
se relâchent dans le crépuscule
force nous est d'étreindre le corps de la plaine dans sa course
pour proclamer à voix haute au lointain infini
nos couleurs, nos odeurs, nos formes

 
tels un arbre dont la signature est une existence abstraite
nous nous dépouillons de nos vêtements feuille après feuille
nous dépouillons de notre surpoids de joies, de désirs, de pensées

pour devenir un cerf-volant tout simple
épinglé sur la poitrine de l'être aimé

 
une simple mais belle broche-insecte
virevolte dans les rêves de l'obscurité
grimpe dans le souvenir vidé des larmes et des confidences

jusqu'à ce qu'une fois encore nous découvrions que la lumière de l'amour

et la lumière de la solitude sont tout aussi ténues et que les jours si longs


ne sont que les frères jumeaux des si longues nuits


alors c'est de meilleur gré que nous restons assis sur la balançoire
formée des extrémités entrelacées de l'été et de l'automne, de meilleur gré
que nous réparons le mur effondré des sentiments
lorsque le dieu bien-aimé, par une mort subite
sonde notre fidélité au monde


1993   traduit par Martine Valette-Hemery

         ( Le Ciel en fuite: Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

 

 

 

Symphonie belliqueuse  animation de la poésie

  entendez la poésie




 1995    Misssives : Numéro Spécial 2003

                                                     

 

 

 

 

La musique des meubles


Je lis sur une chaise

J'écris sur un bureau

Je dors par terre sur le plancher

Je rêve à côté de l'armoire

 

Je bois de l'eau au printemps

La tasse est sur l'étagère de la cuisine

Je bois de l'eau en été

La tasse est sur l'étagère de la cuisine

Je bois de l'eau en automne

La tasse est sur l'étagère de la cuisine

Je bois de l'eau en hiver

La tasse est sur l'étagère de la cuisine

 

Je lis la fenêtre ouverte

J'écris la lampe allumée

Je dors les rideaux tirés

Je me réveille dans la chambre

 

Dans la chambre est la chaise

et les rêves de la chaise

Dans la chambre est le bureau

et les rêves du bureau

Dans la chambre est le plancher

et les rêves du plancher

Dans la chambre est l'armoire

et les rêves de l'armoire

 

Dans les chansons que j'ai entendues

Dans les mots que j'ai dits

Dans l'eau que j'ai bue

Dans le silence que j'ai laissé

 

1995    traduit par Odile Lai

                                                     

 

 

 

 

Voyage éclair dans une machine à grande vitesse

 

Ayant
traversé
le crissement
des cigales
de
l'été
 

nous
venons
de
rencontrer
la
mer

 

 

la
vague
du
liquidambar

 

 

neige

 

 

 

nuit

noire
 

 1997   traduit par Camille LoivierNeige d'août N°12 : Printemps 2005

                                  

                                                     

 

 

 

La nappe du petit déjeuner d’un entomologiste solitaire   

 

2000    Misssives : Numéro Spécial 2003